Pascal Kouassi KOUAKOU

L’ÉCRITURE DU POUVOIR ET LE POUVOIR DE L’ÉCRITURE DANS L’ŒUVRE ROMANESQUE D’AMADOU KONÉ

 

Pascal Kouassi KOUAKOU

Université Félix Houphouët Boigny d’Abidjan - Cocody (Côte d’Ivoire)

 

Résumé : L’œuvre romanesque d’Amadou Koné est riche en techniques novatrices d’écriture. Cette étude l’analyse sous l’angle de l’écriture du pouvoir et du pouvoir de l’écriture. Amadou Koné présente le pouvoir sous trois formes : le pouvoir occulte, le pouvoir de la malédiction et les pouvoirs politique et économique. Les sorciers détiennent le pouvoir occulte. Ils l’utilisent pour détruire. Les personnages politiques exercent les pouvoirs politique et économique. Ils les utilisent pour martyriser les populations. Quant au pouvoir de la malédiction, il s’exerce sur un personnage qui est comme poursuivi par le malheur partout où il espère trouver un endroit plus paisible. Le pouvoir de l’écriture réside dans une écriture de la dérision et une écriture irrévérencieuse par lesquelles Amadou Koné fait la satire des pouvoirs politiques africains.

Mots clés : Pouvoir politique - Occulte – dérision- Ecriture du pouvoir- Pouvoir de l’écriture.

Abstract: The novels of Amadou Koné are rich in innovative techniques for writing. This study analyzed it in terms of the writing of the power and authority of writing.Amadou Koné presents this power under three forms: the occult power, the power of the curse and the political and economic powers.The occult power is help by wizards. They use it to destroy. The economic and political powers are exercised by political figures. They use it to torture people. As to the power of the curse, it affects a typeof character that is as pursued by misfortune everywhere where he or she hopes to find a more peaceful place. The power of writing take forms from a writing of mockery and irreverent writing in which Amadou Koné satirizes the political powers in Africa.

Key words: Political power – Occult – Mockery- the writing of the power – authority of writing.

INTRODUCTION

En 1962 déjà, Charles Nokan avait suscité la recherche d’une esthétique nouvelle pour le roman africain. Mais la majorité des romanciers négro-africains ont continué à écrire des textes conformes aux normes occidentales après les indépendances des pays africains. Aujourd’hui, la tendance est dominée par la nouvelle esthétique. Les écrivains empruntent les voies d’une écriture libérée de toute contrainte normative. A l’instar de ses pairs, Amadou Koné s’est affranchi des canons occidentaux. Pour lui, l’écriture ne peut plus s’accommoder de règles rigides. C’est pourquoi, il produit des œuvres qui traduisent la culture négro-africaine en y intégrant des éléments discursifs du récit oral traditionnel qui se fondent dans des pratiques discursives modernes. Sa production littéraire est riche de six romans[1]. On le cite certes pour illustrer des propos ou soutenir des arguments. Mais très peu nombreux sont les travaux d’envergure qui prennent en charge l’ensemble de ses romans. Pourtant, parmi les écrivains qui renouvellent profondément la fiction narrative africaine, il figure en bonne place. L’originalité de son œuvre réside dans sa technique de création romanesque. Celle-ci affiche son identité à travers une écriture politique soutenue par une certaine politique de l’écriture. En même temps qu’il fait la satire du pouvoir politique africain, il prend le parti de « décoloniser l’écriture, d’innover [en vue] de renouveler le genre romanesque[2] ». Il poursuit un double objectif : d’ordre politique et d’ordre esthétique, les deux s’influençant réciproquement.

L’objet de cette étude est d’interroger ses fictions pour y analyser la place qu’occupe le pouvoir, ensuite déterminer le pouvoir de son écriture, puis, en dégager les enjeux esthétique et idéologique. Il convoque alorsles questions suivantes : Quelles sont les stratégies déployées par Amadou Koné pour écrire le pouvoir et quel pouvoir son écriture a-t-elle ? En d’autres termes, comment Amadou Koné écrit-il le pouvoir ? Pourquoi écrit-il le pouvoir ? Le problème à élucider réside à la fois dans le caractère novateur de son écriture et dans l’exploitation qu’il fait du thème du pouvoir.

Démontrer comment le pouvoir se donne à lire dans les romans d’Amadou Koné, voilà l’objectif principal de cette étude. Pour l’atteindre, il est impératif de relever les procédés et techniques narratifs utilisés par l’auteur en vue de les analyser selon l’approche sociocritique pour déterminer le pouvoir et les enjeux de cette écriture.

La sociocritique privilégie l’univers social présent dans l’œuvre. Nous l’avons choisie pour la simple raison que l’auteur s’est fortement inspiré de la société réelle et de ses péripéties projetées dans la peinture de la société de fiction. A ce propos, Lucien Goldman[3] fait observer que la structure de l’univers imaginaire que constitue le texte est homologique à celle du monde de la société réelle. Daniel Bergez abonde sensiblement dans le même sens quand il écrit : « la sociocritique vise le texte lui-même comme lieu où se joue et s’effectue une certaine socialité ».[4]

 

I - L’ÉCRITURE DU POUVOIR

 

     Dans ses romans, Amadou Koné présente le pouvoir sous trois formes : le pouvoir occulte, le pouvoir de la malédiction et les pouvoirs politique et économique. L’analyse de ces pouvoirs convoque ceux qui les animent ainsi que la manière dont le pouvoir politique en particulier est géré.

1-      Le pouvoir occulte

     Le pouvoir occulte est lié à la capacité d’un être donné à entreprendre des actions sur les hommes et la nature. Ceux qui le détiennent sont appelés des sorciers. Bertrand Russell proposait de caractériser ce type de pouvoir par « la production d’effets recherchés[5] ». Selon sa conception, le trait distinctif du pouvoir résiderait dans la correspondance entre les résultats obtenus et les désirs de l’acteur. En ce qui concerne le pouvoir occulte dans les romans d’Amadou Koné, il trouve son point d’ancrage dans la tradition puisque les récits de l’auteur tirent leurs origines des contes, des légendes, des mythes et autres savoirs traditionnels.Ces textes oraux servent de creuset propre à la création de nouvelles formes littéraires. Ils rendent le jeu de son imaginaire plus fécond dans la mesure où la tradition ne manque pas d’histoires croustillantes ainsi que l’illustre celle de Karfa dans Jusqu’au seuil de l’irréel, son roman qui est spécifiquement centré sur la sorcellerie et ses méfaits. Le personnage principal de ce récit et son fils fuient les sorciers de leur village natal qui sont à l’origine des nombreux malheurs du père, pour chercher un mieux-être ailleurs : « Cette nuit-là, sur la route qui mène de Banfora à Soubakagnandougou, deux hommes marchaient péniblement » (p.12).

     Certaines personnes croient à la sorcellerie. Au nombre de celles-ci, Coovi Houedako distingue cinq formes de sorcelleries : « la sorcellerie d’attaque, la sorcellerie de défense ou sorcellerie préventive ou sorcellerie anti-sorcellerie, la sorcellerie de défense et d’attaque, la sorcellerie récréative et la sorcellerie thérapeutique ou curative[6] ». D’autres, comme Boa Thiémélé Ramses, affirmentque « la sorcellerie est une production de notre mentalité [qui] n’a ni consistance ni existence en soi[7] ». Pourtant, ses manifestations et ses effets sont visibles partout. L’espace et le temps ne sont pas des obstacles à son expression. Le pouvoir occulte est une arme fatale dont se servent ses détenteurs pour attaquer ceux qu’ils méprisent. Amadou Koné décrie cet aspect négatif dans son roman à travers une histoire pathétique qui relate le destin tragique de Karfa contre lequel il est dirigé. Dès les premières pages de l’œuvre, l’on sait que Karfa est orphelin. Ses géniteurs sont morts dans des conditions obscures : « A force de travailler tu avais enrichi ton père… Puis brusquement le drame arriva. Ton père mourut d’une manière assez mystérieuse […]. Un mois plus tard, ta mère mourut d’un mal de tête » (p.12-14).

     Par pure jalousie donc, les sorciers ont tué les géniteurs de Karfa et s’acharnent sur son fils et lui aussi.Quelquefois, c’est à la suite d’une expropriation que les victimes decette pratique séculaire néfaste, dépossédées des biens de leurs ascendants à la mort de ces derniers, chassées et réduites à la mendicité, prennent la route de l’exil. Il en est ainsi de Karfa : « Lun de tes oncles hérita de ton père et te chassa de la Soukala[8] paternelle. Dès lors tu étais pauvre. Tu avais quitté le fruit de tout ton labeur, de toutes tes peines au profit d’un inconnu » (p.14).

2-     Le pouvoir de la malédiction

     Le pouvoir de la malédiction est un dérivé du pouvoir occulte. Les victimes du pouvoir occulte sont comme poursuivies par une implacable malédiction.Quand elles bénéficient de soutiens moral et matériel comme le caporal Fanhikroi l’a fait pour Karfa à Soubakagnandougou où il s’est établi, elles mènent leurs activités quotidiennes sans trop d’anxiété. Sinon, livrées à elles-mêmes, elles connaissent une déchéance morale et une décrépitudephysique sans précédent. Bénéficiant donc du soutien de son hôte, Karfa a continué de travailler comme il en a l’habitude : «  Oui, c’était dans son travail qu’il trouvait un peu de joie pour animer de temps en temps sa vie d’homme isolé et triste. Il tissait, tissait… Tisser chez lui était un jeu d’où il tirait du plaisir » (p.33). Lorsque la personne visée par les sorciers ne peut être atteinte, c’est l’un des siens qui l’est. Il en est ainsi de Lamine, le fils unique de Karfa, qui a été tué par les sorciers de Soubakagnandougou qui en voulaient à son père. D’ailleurs, il ne pouvait en être autrement. Le nom du village hôte de Karfa est une marque caractéristique très importante du pouvoir occulte. Soubakagnandougou signifie en malinké « village des sorciers ».Comme Karfa, les victimes du pouvoir occulte sont condamnées à la malédiction et au malheur en tout temps et en tout lieu.

3-     Les pouvoirs politique et économique

     Le pouvoirpolitique est un type de pouvoir qu'une personne ou un groupe de personnes exercent dans une société. C'est la souveraineté qui a charge de fixer les règles qui s'appliquent à la population sur un territoire donné. Le pouvoir politique se distingue des autres formes de pouvoir par son caractère territorial. Confirmant cette idée, Jean Baechler écrit : « Pour être politique, un pouvoir doit commencer par s’exercer dans un espace délimité[9] ». Pour Jean W. Lapierre, « le pouvoir politique est un artifice qui résulte d'un accord passé entre les hommes pour mettre fin à des conditions naturelles d'existence jugées insupportables[10] ».Pourcela, le pouvoir doit être bien géré car, mal géré, aucun pouvoir ne peut être en mesure de remplir toutes ses obligations contractées vis-à-vis de sa société. En effet, plus la gestion est bonne, plus elle a des chances de favoriser le civisme des citoyens.A l’inverse, si la gestion du pouvoir est irrationnelle et sa distribution injuste, le citoyen a tendance à manifester ses frustrations au moyen de comportements inciviques. Amadou Koné le (dé)montre dans L’œuf du Monde Banalanh’ng où Bahahonan, Le Fluet, Soulé-l’Albinos et   le vieux Mandjian, organisent de fréquentes rébellions pour éprouver le tyran Penba qui dirige le pays à son seul profit.

     Avec la série des Sous le pouvoir des Blakoros, il inaugure l’écriture du pouvoir politique et économique à la fois. Dans Sous le pouvoir des Blakoros I (Traites) par exemple, le jeune Lassinan, conscient de la souffrance des paysans face à la puissance économique des fonctionnaires indélicats et des riches commerçants usuriers, veut les organiser en coopérative agricole afin qu’ils puissent eux-aussi tirer profit de la vente des produits de leur labeur (p. 79-80). Malheureusement, les villageois rechignent à s’organiser en un bloc uni pour défendre leurs intérêts. Pourtant, face à eux, les riches se solidarisent pour les voler. Lassinan connaît la force du pouvoir économique. C’est pourquoi, il veut organiser les villageois afin qu’ils aient eux-aussi une puissance économique pour lutter à arme égale contre ceux qui les torturent subtilement. Mais, confronté à l’ignorance et à la cupidité de quelques paysans indigents de connivence avec les riches commerçants qui se sentent menacés, il n’eut pas les résultats escomptés. La coopérative agricole est donc restée au stade de projet. : « La coopérative mourut ‘‘en herbe’’. On ne parla même pas du reste des fonds ou de l’argent que certaines personnes devaient rembourser » (p.82).

     Abou le personnage principal de Sous le pouvoir des Blakoros II (Courses), s’inscrit dans la logique de Lassinan. Parti en Europe « pour acquérir une expérience, la plus vaste et la plus profonde possible de ce monde qu’on prenait chez lui comme modèle » (p.18), il est retourné dans son pays avec un idéal : amener les fonctionnaires et autres dirigeants de son pays à travailler honnêtement dans l’administration publique. Quand vient le moment de passer à l’action, il reste sans voix face aux surprises inattendues et aux difficultés rencontréespour des choses qu’il croyait si simples. A titre d’illustration, il découvre avec une grande stupéfaction que le dossier qu’il a déposé dans un des Ministères de son pays pour espérer avoir un emploi rémunéré a disparu de curieuse façon. Quand il décide de rencontrer les autorités pour en savoir plus, il se rend compte que rien n’est si simple qu’il le pense: « Que de rendez-vous manqués ! Que de tractations pour rencontrer ces hommes ! » (P.120).

     Il observe que la majorité des fonctionnaires ne travaille pas avec une conscience professionnelle aigüe. Il ne ressent pas cet accord entre lui et l’univers qu’il aurait souhaité avoir. Au bout du compte, il est désabusé, démotivé car, « il se trouvait au plein cœur de cette vie où l’on se livrait aux distractions » (p.139) sur les lieux de travail.Ce qui est de nature à freiner le développement de son pays et par ricochet, celui du continent.

4-     Les figures du pouvoir

    La gestion du pouvoir politique dans la fiction d’Amadou Koné convoque plusieurs acteurs. Certains incarnent l’autorité de l’État. Ce sont par exemple, les forces de l’ordre et les hauts fonctionnaires indélicats, dans la série des Sous le pouvoir des Blakoros ; Dr. Pita, Ndimi Nestor, Alla Dé, dans Les coupeurs de têtes, Penba, dans L’œuf du monde Banalanh’ng etc.D’autres sont au service des premiers. Ce sont entre autres, les sbires du roi Penba ou Djidji Alexandre, le commissaire aux affaires louches de l’État, dans Les coupeurs de têtes ou encore les commerçants véreux, dans les deux Sous le pouvoir des Blakoros. Ces personnages gèrent le pouvoir ou contribuent à en assurer la gestion de façon dictatoriale. C’est cet aspect qu’Amadou Koné stigmatise dans l’ensemble de sa production romanesque et particulièrement dans L’œuf du monde Banalanh’ng avec Penba, le despote. Celui-ci exerce un pouvoir absolu dont il se sert pour étouffer la population, pour l’avilir et la courber sous le poids des exactions, des arrestations arbitraires, de l’obséquiosité et de la cruauté de ses actes. En effet, pour exercer sur son peuple un charisme exceptionnel, il édicte dix lois-commandements cyniques et iniques pour restreindre la liberté des populations. Il s’agit de « la Nuit de Vérification, par le tyran, de la chasteté des jeunes filles avant leur cérémonie nuptiale » ; de « l’interdiction à toute femme qui n’est pas née dans son pays d’y rentrer sous peine de se faire enlever » par lui-même ; de « regarder la télévision et rêver pour ne plus penser » ; de « croire en la grandeur du tyran » (p.9) etc.

     Dans ce récit, le narrateur plante le décor des multiples stratégies par lesquelles le roi pratique la mauvaise gouvernance. Penba[11] incarne ces Êtres que l’Afrique noire s’offre depuis des années d’indépendances etque l’imagination fertile de l’écrivain ivoirien peint avec dextérité. Celui-ci décrit la nouvelle société africaine ‘‘ sous les pouvoirs des Blakoros’’. Une société sous une forme de goulag, placée sous le signe du malheur, de la violence et de l’oppression.

     L’intrigue de L’œuf du monde Banalanh’ng est déployéepar petites touches significatives grâce à sa parfaite connaissance de la gestion classique des pouvoirs en Afrique. Le mythe dit que « dans l’œuf formé par Mangala le créateur, il y avait deux couples de jumeaux. Penba avait sa sœur Moussokoroni Koundjè. Faro, l’autre jumeau, avait aussi sa sœur » (p.39). Dans l’ordre planifié par le créateur, c’est à Faro que revient le trône. Mais dès le départ, Penba désira coûte que coûte dominer le monde « qui n’était même pas entièrement créé » (p.39). Finalement, aidé de sa sœur, il triompha et accéda à la chaise royale au détriment de Faro le bon frère.

     Les ambitions personnelles démesurées et les intérêts égoïstes furent donc le moteur de la prise du pouvoir par Fin-ba-La-Grande-Chose. Une fois installé, il ne se manifeste à son peuple que par la férocité de son autorité et la cruauté de ses actes. Il terrorise de façon quasi-permanente les populations par les assassinats qu’il commandite. Sa soif du pouvoir n’a d’égale que son aveuglement et son mépris de la vie. A titre d’exemple, pour réduire au silence et à l’obséquiosité la totalité des populations, il fait châtier implacablement sur la place publique, tous ceux qu’il soupçonne d’être contre son régime. Ainsi, de façon régulière, « pendant deux jours et deux nuits, une foule de huit cent quatre-vingt-huit vieilles femmes et sept cent soixante-dix-sept vieux hommes rampaient sur leurs genoux et leurs coudes pendant que les sbires leur arrosaient le dos de fouets en nerfs d’hippopotame (p.58). Ensuite, il interdit aux hommes d’épouser des femmes. Pour cela, il fait enlever pour lui-même, toutes les femmes en âge de se marier (p.19). Avec cette ignominie de sa conduite, « commença l’ère de la diète sous la ceinture » (p.124). Excédé, Séka avait crié sur la place publique que Fin-ba méritait qu’on lui crevât les yeux. La cruauté du roi se manifesta aussitôt : « Le lendemain, on l’avait trouvé flottant dans les eaux du fleuve, les yeux crevés, les oreilles et la langue coupées » (p.23). Tous ceux qui, comme Séka, avaient prononcé un mot de trop sur Fin-ba, étaient considérés comme des criminels. Le roi les punissait sans état d’âme. Ainsi, ils «  étaient repêchés le lendemain de leur crime dans le fleuve » (p.22). Au nombre de ceux-là, il y a Tidjane, Mata, Dodou et Ziké dont on avait retrouvé « la tête détachée de son corps par le cou, le sexe détaché de son corps » (p.28) également.

     Dans Les coupeurs de têtes, Kloh Issiaka, le directeur de la construction et de l’urbanisme, est l’un des rares fonctionnaires intègres du pays. Pour avoir refusé d’être impliqué dans la vente illicite de terrains non viabilisés, il a été assassiné par les hommes du commissaire aux affaires louches de l’État. D’ailleurs, il ne pouvait qu’en être ainsi. Ce dernier détenait des dossiers importants concernant les ventes illicites des terrains orchestrées par Djidji Alexandre, l’inquisiteur.

     Pour consolider leur pouvoir et accroître leur suprématie, les gouvernants se dotent de services de renseignements qui leur fournissent toutes les informations que génèrent les mécontentements des populations. Mossokoroni Koundjè et les sbires du roi, dans L’œuf du monde Banalanh’ng, Djidji Alexandre et les sicaires, dans Les coupeurs de têtes, les paysans indigents et les commerçants véreux dans Traites et Courses, sont ceux qui animent ces services dans l’œuvre d’Amadou Koné.

     Comme l’écrit Montesquieu, « Le gouvernement le plus conforme à la nature est celui qui se rapporte le mieux à la disposition du peuple pour lequel il est établi[12] ». Si tel n’est pas le cas, alors la révolte devient l’unique mode d’expression du peuple. Ainsi naissent des oppositions à travers tout le pays. Puis, il s’en suit des révoltes généralisées pour mettre fin à une dictature insupportable, comme c’est le cas dans L’œuf du monde Banalanh’ng.

     En effet, excédé par les humiliations et les enlèvements des femmes par Fin-ba, Bahahonan, un jeune enfant d’à peine sept ans, décide de mettre fin au règne du tyran : « Je jure par mon père, je jure par ma mère que je tuerai Pinba » (p.19). Aidé de Soulé-Tièhoulé et du vieux Mandjian, il organise la révolte (p.22). Soulé-Tièhoulé défia le roi à son tour (p.95). Le combat épique qui l’opposa par la suite à ce dernier, s’est terminé par sa victoire : « C’est vrai, Soulé-Le-Rouge avait tranché le sexe de Pinba. Avant de mourir, Soulé-l’Albinos avait précipité Pinba dans le cercle des castrés » (p.99). Quand Bahahonan l’intrépide, entre en scène, « il avait pu compter sur l’aide des hommes, des animaux et des choses » (p.178). Avec ses compagnons, il « était allé au bout de son défi. Il avait défait la-grande-chose » (p.178). Le règne du roi « s’acheva comme finit celui de tous les tyrans » (173).

     Dans Traites, Lansinan et son oncle Tièfi se révoltent eux-aussi contre les fonctionnaires indélicats qui exigent des pourboires aux paysans pour inscrire leurs enfants à l’école (p. 30). En réaction contre cette pratique, Lansinan refuse de leur verser de l’argent. Il réussit tout de même à inscrire son jeune frère sans bourse délier (p.30).

5 - La satire des pouvoirs politiques africains

     Si dans l’ensemble, l’atmosphère picaresque des lieux de réjouissance comme les places publiques, dans Jusqu’au seuil de l’irréel ; La Flânerie, dans Sous le pouvoir des Blakoros II (Courses) ainsi quedes lieux de jouissance comme Le jardin des délices de Les coupeurs de têtes ou encore des lieux de beuverie tels que les Koudou, dans Sous le pouvoir des Blakoros I (Traites), semble donner aux fictions l’image d’une vraie farce, elle n’empêche pas l’auteur de stigmatiser les exactions commises sur d’innocents individus par les gouvernants politiques qui ont transformé l’indépendance des États africains en un marché de dupes dont, seules, ne profitent que les classes dirigeantes : incarnation de Républiques dégradées.

     La mission de l’écrivain étant, entre autres, de contribuer à sortir le peuple de l’ignorance, il n’a que sa plume pour l’accomplir. Ce doit être cela qui est dangereux aux yeux de ces gouvernants. Car, les pouvoirs politiques africains, dictatoriaux ou néo-démocratiques, tirent en général leur légitimité, leur longévité et leur puissance de l’ignorance et du sentiment de satisfaction mêlé de crainte qu’ils font régner au sein des populations. Aussi, ont-ils intérêt à entretenir cette ignorance et tentent-ils avec vigilance et subtilité d’empêcher qu’un esprit indépendant, instruit et frondeur ne se répande au sein de la population pour l’éclairer ? DansTraites par exemple, la vision du jeune Lassinan est novatrice. Il veut organiser les villageois en coopérative agricole afin qu’ils acquièrent une puissance économique pour lutter plus efficacement contre les fonctionnaires malhonnêtes et les commerçants véreux. Mais ces derniers, voulant maintenir les paysans dans l’ignorance afin de continuer à les exploiter, ont fait échouer le projet. C’est cette attitude qui explique que le vrai débat politique soit généralement occulté, comme le démontre l’entrevue entre le directeur de cabinet du ministre de la culture et Abou, dans Courses (p.135), à propos de son dossier sur la politique culturelle du pays. Dans un contexte pareil, le romancier africain n’a qu’un choix : rester attaché à sa mission qui est de sortir la population de l’ignorance par ses écrits.

     Même si la littérature en a largement parlé, il convient de reconnaître que la situation reste toujours en l’état. C’est que le peuple a choisi par contrainte ou par dépit le silence complice ou bien qu’il a fini par succomber aux avances du pouvoir qui l’absorbe et l’intègre au fonctionnement du système en place sans son réel consentement. On se trouve là devant une situation où des acteurs du jeu social sont incapables d’exprimer leur angoisse et leur mal-de-vivre en des termes adéquats à cause de la confiscation de l’espace vital par des dictateurs. A propos de la création de la coopérative agricole par exemple, certains villageois en avaient vu le bien-fondé. D’autres, en majorité les indigents, par crainte de représailles des commerçants et des fonctionnaires, ont choisi le silence complice pour contribuer à faire échouer le projet. En réalité, c’est par l’appât des prêts usuraires et des facilités que ces villageois se laissent récupérer et tombent aux mains des fonctionnaires et commerçants qui disposent de tous les moyens pour les phagocyter à cause de leur extrême pauvreté.

 

II - LE POUVOIR DE L’ÉCRITURE OU UNE POLITIQUE NOVATRICE D’ÉCRITURE

 

     Pour écrire ses textes, Amadou Koné part de la mémoire de sa culture traditionnelle, des souvenirs conservés en lui. Toute son œuvre romanesque s’en imprègne. A titre illustratif, le thème central de Jusqu’au seuil de l’irréel est la sorcellerie, un fait culturel, L’œuf du monde Banalanh’ng emprunte son titre à un mythe, le mythe de la création du monde. Le souvenir devient alors le seul lien qui ancre l’écrivain dans sa tradition. Il en tire profit d’autant plus qu’il accède par là à l’intertexte que représente l’oralité, où il découvre un fabuleux trésor de codes discursifs qui lui servent de substrats pour sa création romanesque. Les références aux mythes, aux légendes, aux contes, l’usage des proverbes, les allusions aux paroles de griots, de marabouts, l’insertion des paroles populaires oralisées dans ses récits, représentent autant de ports d’attache de l’écrivain à sa culture traditionnelle dans laquelle il a baigné durant toute son enfance.

     Chez lui, la quête d’une écriture nouvelle semble tourner à la quête d’une écriture déroutante dont l’exemple le plus significatif est donné par L’œuf du monde Banalanh’ng. Ce texte admirablement dépourvu de repères, introduitle lecteur dans ce que l’écriture d’Amadou Koné a de plus innovant : éprouver le plaisir de brouiller les espaces pour finalement faire du lieu, une absence de lieu. Tout se passe comme si le romancier invitait le lecteur à inventer lui-même des espaces romanesques. Ce récit est l’exemple le plus concret où le travail créateur produit une œuvre dans laquelle le désir et le plaisir d’écrire laissent éclore finalement une écriture de la dérision et de l’irrévérence.

1 - Une écriture de la dérision

     Face à ce qu’on peut appeler la comédie des habitudes des tenants du pouvoir en Afrique, Amadou Koné qui a la capacité de mettre en mots ce que les rapports humains ont de plus absurde, se tourne vers l’imaginaire pour donner forme à ses fantasmes. De son travail d’écriture se construisent des histoires où il place les fictions dans une perspective de dérision et de volupté comme pour conjurer la douleur des populations. Avec Les coupeurs de têtes et la série des Sous le pouvoir des Blakoros, il semble opter pour une écriture qui enfile l’inflation verbale, la multiplication des intrigues avec un humour et une dérision très cocasses. Ce qui, en définitive, témoigne de son esprit d’initiative et de son degré de créativité. Cette marque d’évolution dans son écriture, signe de la maturité dans sa démarche d’écrivain, déjà perceptible dans Jusqu’au seuil de l’irréel et que vient confirmer L’œuf du monde Banalanh’ng, semble découler du fait qu’il a pris conscience que la fiction narrative n’est dans aucune course pour un pouvoir illusoire. Mais qu’elle est plutôt un « vol de langage[13] ». La tradition et ses textes oraux sont une source intarissable qui lui fournit le matériau essentiel à la composition de ses récits. L’œuf du monde Banalanh’ng en est une parfaite illustration. Elle qui relève « à la fois de la devinette, de l’énigme, du conte et du mythe » traditionnels (p.5).

     Avec le romancier ivoirien, il semble important de relever que la fiction a pris la forme d’un simple jeu de dérision qui défie l’insupportable et où l’essentiel réside dans cette part subversive des sentiments stéréotypés. C’est dire que les romans de l’auteur appréhendent le chaotique, ordonnent l’innommable, l’inarticulable avec une démarche exaltée où l’imaginaire paraît reconstituer sur le plan littéraire des faits qui tendent à s’évanouir dans les profondeurs abyssales de l’oubli. Sur le plan politique, la poétique de l’imaginaire exprime sans fards les dérives des tenants du pouvoir. Dans Courses par exemple,Abou, revenu de France après ses études, est recruté au Ministère de la culture. Ayant constaté que l’aliénation culturelle se développe de façon insidieuse et inconsciente, il rédige un rapport dans lequel il fait une « analyse de la situation culturelle du pays telle qu’il la percevait et telle qu’on pouvait supposer son évolution avec ses implications » (p.135). Lorsqu’il le remet au directeur de cabinet du ministre, ce dernier « mit trois mois pour lire un document de cinquante pages » (p.144). Quand il le convoque à son bureau pour en parler, il le menace et lui remet son rapport en ajoutant :« Vous portez des accusations graves et insinuez des choses qui peuvent vous coûter cher […]. Voilà votre dossier, reprenez-le. Bonsoir » (pp.148-152).

     Dans Les coupeurs de têtes, après la mort de Kloh, Kassi se rend chez Traoré, le marabout de son ami. L’homme lui fait des révélations troublantes :

Le préfet et les commis de la section de l’urbanisme d’une préfecture exécutent un faux lotissement. La population, alléchée, achète sur le papier des lots qui en réalité ne peuvent pas être bâtis car ils ne se trouvent pas sur le cadastre général du Ministère de l’Urbanisme et de la Construction. Le préfet sera affecté dans une autre ville. Et les commis diront aux victimes de l’escroquerie qu’ils ne sont que des exécutants qui ne savent rien. Et le monde continuera à tourner. (pp. 132-133).

     La singularité de l’œuvre romanesque d’Amadou Koné réside tant dans le dévoilement progressif du profond malaise sournois qui broie les populations que dans la production d’une esthétique nouvelle et des langages. En effet, en empruntant la voie de la liberté de créer par l’écriture, le romancier laisse se déployer une langue luxuriante, portée par un souffle inédit où le travail créateur produit une œuvre dans laquelle le plaisir d’écrire l’emporte sur tout le texte laissant éclore en fin de compte une écriture novatrice qui prend corps à partir de l’introduction des mots de sa langue locale dans ses textes. Traites et Courses par exemple, sont inondésde phrases dialectales du genre : Allah yi en dè mbè[14], Allah kabo[15], I hèkè to[16], A ma kè djougou manyé[17] etc. On y trouve également des mots comme Blakoros[18], Naforo[19], Koudou[20], cango[21] etc., qui sont l’expression de la culture de l’auteur.  

     La nouveauté de l’écriture d’Amadou Koné apparaît alors d’autant plus remarquable qu’il accordeune place de choix à des modèles de représentation qu’on considère comme des symboles de l’anti-norme ou de contre-valeurs culturels: propension à la subversion et à la transgression dans la texture des récits, pour ce qui est de la forme; érection de la médiocrité et de la malhonnêteté au rang de valeur et organisation controversée des rôles, pour ce qui est du fond.Par ailleurs, l’innovation qu’il introduit dans sa création romanesque renvoie à la dérision décapante qu’utilise le bas-peuple. En cela, il démontre que le roman peut se rapprocher de la banalité pour signifier l’univers tragique dans lequel vit la masse populaire. Il tourne en dérision l’autorité en la confondant dans la veulerie et dans la barbarie contre lesquelles les opposants tentent de résister. Dans l’exemple cité ci-dessus, le préfet, quoique malhonnête, demeure une personnalité importante du pays.

     Ce que Moudileno disait du roman de Sony Labou Tansi trouve alors un écho dans l’œuvre d’Amadou Koné :

Pour l’écrivain, il s’agit avant tout de démystifier le caractère ‘‘providentiel’’, ‘‘messianique’’ du dictateur, de refuser donc la prise en charge de l’histoire et de la narration par un dictateur. Il s’agit d’une réécriture qui s’articule sur le mode de la compétition : d’un côté, l’écrivain dénonce le règne du dictateur comme fiction déployant tout un appareil de manipulation de l’imaginaire. De l’autre, il construit sa propre fiction, souvent prise en charge par un héros […] qui résiste à la fiction de la dictature[22].

     En s’engageant sur ce terrain, Amadou Koné exalte aussi l’invention scripturale.

2 - Une écriture de l’irrévérence

     Eu égard à l’intérêt que l’auteur porte aux nouvelles formes littéraires, on peut considérer que pour lui, à une réalité inconcevable doivent convenir des formes inconcevables. C’est pourquoi, on note une sorte d’irrévérence chez lui, qui pervertit le genre romanesque en l’enrichissant du legs des Ancêtres et de son esprit de créativité en constant éveil. En réalité, on peut penser que c’est le genre lui-même qui est étriqué pour l’écrivain. C’est pour cela qu’il fait reculer les frontières exiguës du roman pour lui faire contenir tous les langages, toutes les frustrations, mais aussi les non-dits d’un monde en mutation permanente. Il suffit de se référer à Les coupeurs de têtes, L’œuf du mondeBanalanh’ng et Jusqu’au seuil de l’irréel, pour constater leur aspect déroutant sur le plan de la narration. En se faisant l’écho de la clameur du peuple, l’auteur donne ainsi à la modernité culturelle en marge des discours officiels, non pas seulement la possibilité d’émerger et de nourrir son écriture, mais le moyen de s’écrire et de se présenter. En guise d’illustration à ce propos, on peut citer la scène cocasse et insolite qui s’est déroulée au Coin Chaud, un hôtel de passe, entre une prostituée et son client, que livre Les coupeurs de têtes. Une altercation éclate entre les deux protagonistes. La fille sort précipitamment de la chambre. Elle court dans les escaliers en vociférant, suivie de l’homme :

- Le bouc, fit la fille. Oh le sale bouc !

- Espèce de pute pourrie, hurla l’homme qui perdait de son calme.

- Même si je suis pourrie, je refuse de faire ce que tu m’as demandé. Tu m’as bien regardée ! Tu crois que tes sous volés peuvent tout acheter ?

- J’ai payé pour que tu le fasses et je vais t’étrangler, voleuse, dit l’homme qui esquissa un pas vers la fille.

- Laissez-le venir, laissez-le s’approcher de moi…je vais lui couper les choses… Vous vous rendez compte, il voulait que je le…  (p.21).

     Dans ce dialogue, on relève l’offense aux règles morales, à la décence et à la pudeur. Il se trouve incorporé dans le langage, tout ce qui était hors du langage, parce que considéré comme indicible et qui restait à l’état de pulsion.

     Dans le même registre, on a aussi les échanges entre les villageois dans les Koudou[23] et les Soukala. Dans ces espaces de beuverie incontrôlée et de libre expression, on relève la subversion du discours idéologique officiel, l’effronterie et l’insolence, comme l’insinue cet extrait de Jusqu’au seuil de l’irréel : « Aujourd’hui encore existent ces fameuses buvettes où les buveurs disent tout ce qui ne doit même pas se dire » (p.115). Ce sont les seuls endroits où les populations peuvent s’exprimer en toute quiétude sans crainte de représailles. N’ayant aucune emprise sur le cours de l’histoire qui s’écrit sans lui et sans son consentement, le bas-peuple investit la parole, seul territoire encore à sa portée, pour se réapproprier son destin et son histoire. En incorporant à ses fictions cette nouvelle virtualité langagière, l’auteur renoue avec la parole libre, imprévisible, insolente, pleine d’humour, d’irrévérence et de dérision, faisant finalement de ses textes narratifs un jardin où l’on peut cultiver toutes sortes de plantes. En cela, son œuvre est audacieuse.

     Même s’ils ne sont pas composés selon les normes habituelles, ses récits ne manquent pas de structure et de sens. Dans l'ensemble, ils ont une structure brisée ou hybride et procèdent par un dévoilement progressif du sens. Ainsi, au nom de l’effort pour dévoiler au lecteur des parcelles des réalités africaines, au nom des recherches effectuées en vue de procéder à une rénovation de l’écriture, on peut dire que l’œuvre romanesque d’Amadou Koné est une entreprise de renouvellement du genre. Hormis son premier roman, Les frasques d’Ebinto, qui est, à quelques écarts près, une copie conforme aux normes occidentales, pour le reste, ses textes s’éloignent incontestablement des récits écrits à l’occidental.

     Au niveau de la technique narrative, ils se fondent sur des dialogues en alternance avec la narration des histoires[24]. Des analepses se mêlent et se fondent[25]. D’autres discordances temporelles rompent avec la linéarité du texte classique. En outre, il se développe des histoires secondaires superposées ou en alternance avec les histoires primaires qui constituent les trames de base. Enfin, les scènes narrativisées[26] ou dialoguées, les sommaires, les ellipses et les pauses sont autant de techniques scripturales prisées par l’auteur qui font de ses récits, des textes évoluant en dents de scie. La langue fait preuve d’invention aussi : des néologismes, des mots et des phrases de la langue locale[27]ainsi que des proverbes[28] cohabitent avec des interjections dialectales[29].

     La composition des textes est portée par une écriture très orale grâce à l’emploi d’un vocabulaire populaire quelquefois cru qui choque le lecteur[30]. Les réalités africaines sont directement désignées par les personnages et le lecteur reste déconcerté face à une telle crudité des propos. Amadou Koné cherche à lier intimement langue et écriture. C’est pourquoi, il emploie des termes locaux à l’intérieur d’un français très fluide dans une œuvre très innovante qui marque une étape importante dans l’option du renouvellement du genre.

     Brouillant à l’envie la trame narrative de L’œuf du monde Banalanh’ng, tout porte à croire qu’il sollicite l’attention et la lucidité de son lecteur pour qu’il suive les tribulations de ses personnages liés sans doute par un destin commun : celui d’appartenir au bas-peuple, partageant les mêmes misères, subissant ensemble les sautes d’humeur des hommes politiques. Ainsi, se déploie dans les romans de l’auteur une poétique nouvelle dont la force réside dans la subversion et la transgression des normes esthétiques qu’elle produit. Pour ce qui est du fond, cette poétique lui permet de rire des travers des Présidents-dictateurs et pour ce qui est de la forme, de démystifier les règles d’écriture préétablies. En s’engageant sur ce chemin, Amadou Koné apparaît comme un écrivain impertinent qui exalte l’invention scripturale.

 

III - ENJEUX ESTHÉTIQUE ET IDÉOLOGIQUE

 

Cette partie de l’étude s’emploie à dévoiler les significations de l’écriture du pouvoir initiée par Amadou Koné. En se fondant sur des constats que mettent en relief l’analyse des récits, elle fait découvrir l’intérêt et la pertinence de cette entreprise. Dans Jusqu’au seuil de l’irréel par exemple,Karfa, dépossédé de l’héritage à la mort de son père, connaît l’exil (p14). En évoquant cet aspect de la tradition dans son roman, l’auteurpose en filigrane l’éternel problème du mode de succession en milieu traditionnel qui met à mal le tissu social et familial en Afrique noire.

     Courses présente des fonctionnaires qui n’ont aucune conscience professionnelle ainsi quel’illustre cet extrait :

Il (Abou) se trouvait au plein cœur de cette vie où l’on se livrait aux distractions [….]. Comme la plupart des apprentis bourgeois, le directeur de cabinet du ministre était un bon vivant qui s’occupait à se cultiver le ventre et à s’abêtir. Il faisait la cour aux jeunes secrétaires du ministère qui ne le respectaient évidemment pas (p.139).

C’est un échec pour l’Afrique noire. L’échec d’une politique de gouvernance mal conçue. Amadou Koné l’expose avec fluidité pour attirer l’attention des pouvoirs sur des attitudes néfastes qui freinent le développement de l’Afrique. Sur ce continent en effet, pouvoir et développement sont deux mots qui se querellent et se bagarrent. L’évidence d’une dichotomie. Pouvoir et respect des intérêts généraux, là aussi, il y a encore une antinomie fracassante. La mondialisation, la géopolitique, la géostratégie, le partage du monde en zones d’influence, ont certainement leur part de responsabilité dans ce drame que vit l’Afrique en matière de gouvernance. Mais tout est une question d’hommes, de conviction, d’intégrité morale et de vision. C’est pourquoi l’Afrique sera ce que ses dirigeants auront décidé qu’elle soit.

     La gestion du pouvoir politique ne peut être une réussite que si la loi suprême des pays est respectée ; l’armée, républicaine ; la séparation des pouvoirs, une évidence ; les institutions, fortes et indépendantes ; la liberté d’expression et les mécanismes de contre-pouvoir, existants, non limités et non opprimés ; la société civile, dynamique, engagée et active ; les citoyens, déterminés et organisés ; le secteur privé, développé et la relève assurée. Ce sont là, des conditions nécessaires pour permettre à la démocratie de s’installer afin d’assurer l’alternance et la sécurité sur toute l’étendue du continent ainsi que le développement et la garantie des intérêts des nations et des peuples.

     Le chef de l’Etat est le premier citoyen d’un pays. Pour que tout cela soit, il doit respecter les lois de son pays afin de garantir une vie en société organisée. Car, le non-respect de la constitution et des lois de la nation est une oppression contre le peuple. Sa nature, son vécu, son expérience, ses compétences sont les premiers indices en sa faveur ou en sa défaveur. La bonne gestion du pouvoir implique donc nécessairement de garantir la stabilité, la croissance et la prospérité du pays[31]. Un peuple qui n’a pas faim n’ira jamais prendre les armes pour faire un coup d’État, pour tuer, piller et voler. Malheureusement, aucun indice de bonne gouvernance n’apparaît dans les textes d’Amadou Koné.Les experts en économie continuent de dire que si l’Afrique ne progresse pas aujourd’hui, c’est parce que les guerres, les rébellions, les coups d’État, la gabegie, l’impunité et le népotisme, sont devenus monnaie courante sur le continent. Cela est dû au fait qu’il est récurrent de voir un régime totalitaire s’installer dans un pays pour le gérer au grand dam des populations qui l’ont choisi quelquefois au risque de leur vie.

     En effet, l’histoire a vudans les pays africains, comme une sorte de « génération spontanée », des « guides providentiels », des «  timoniers » et autres « pères de la nation », bref, « ces hommes dont la providence ne nous fait cadeau qu’une ou deux fois par cinq siècles[32] », s’investir corps et âme pour accéder au pouvoir à coups de canons, en massacrant sur le chemin menant au trône, les populations auxquelles ils prétendent apporter progrès et bonheur, pour les gérer sans partage. Penba en donne un exemple ; lui qui « désira, dès le départ, dominer le monde qui n’était même pas entièrement créé […]. Et provoqua ces terribles guerres qui ravagèrent la terre pendant des décennies » (pp.37-38).

     Par le truchement de ses fictions, Amadou Koné retrace le schéma classique du parcours de presque tous les présidents dictateurs. Il (dé)montre ensuite la manière dont ils mettent en œuvre la mauvaise gouvernance. La preuve concrète de cette pratique est la présence discrète mais bien réelle des sbires et des sicaires à la solde du pouvoir, chargés de réduire au silence les opposants au régime. L’œuvre d’Amadou Koné en donne des exemples à travers les actes de Djidji Alexandre dans Les coupeurs de têtes ou de Moussokoroni Koundjè dans L’œuf du Monde Banalanh’ng. C’est donc de bon aloi que l’auteur, en homme averti, fait d’eux un objet de discours pour les stigmatiser. En faisant de l’écriture le cadre idéal pour formuler des questions inhérentes à cette désintégration collective, le romancier prend une part active dans la lutte pour une société africaine àréorganiser sur des bases plus saines dans un cadre plus sain.

     L’œuf du monde Banalanh’ng, en particulier, dresse le bilan de la faillite d’une Afrique livrée à ses politiciens démagogues. Le règne des dictateurs de la catégorie de Penba a plongé l’Afrique noire dans une de ces situations de négation totale de la personne humaine. Le roman décrit sans fioritures ce qu’on peut appeler aussi la tragédie africaine qui met en scène les acteurs de la vie politique : d’un côté il y a les détenteurs du pouvoir qui en usent et en abusent selon leur volonté et leurs humeurs ; de l’autre, les populations qui tentent en vain de comprendre l’univers absurde qui les enserre et les détruit à petit feu.

    Les textes oraux traditionnels constituent une source inépuisable qui fournit à Amadou Koné le matériau essentiel à la composition de ses récits. Concernant cette source d’inspiration, son expérience peut être rapprochée de la réflexion de Sony Labou Tansi lorsqu’il dit : « ceux qui écrivent des romans devraient savoir qu’on ne sera jamais plus romancier que la bouche du peuple[33] ». Cela est d’autant plus vrai que ce qui sort de la bouche du peuple dans le cas d’espèce, se réfère prioritairement à la tradition.

     Les pouvoirs politiques africains entretiennent l’ignorance et font régner la crainte au sein de la population pour mieux l’assujettir, comme l’ont fait les fonctionnaires et les riches commerçants aux paysans dans Traites quand il s’est agit de la création de la coopérative agricole (p.79-82). C’est cela qui explique que le vrai débat politique soit rigoureusement circonscrit dans un langage et des supports de communication inaccessibles aux masses. C’est cela qui explique aussi qu’en périodes électorales - quand elles existent -, de ponctuelles distributions généreuses de largesses monnayées ou de produits de première nécessité, tiennent lieu d’argument électoral décisif, à défaut d’un débat libre sur les différents projets de société ou sur un bilan de gestion.

     Les peuples africains dans leur majorité sont donc à la merci des hommes politiques. Amadou Koné le relève et montre que les gouvernants ne se soucient que de la conservation du pouvoir aussi longtemps que possible[34] sans se préoccuper réellement du bien-être de leurs concitoyens auxquels ils prétendent apporter « le progrès pour tous et le bonheur pour chacun[35] ». Sur ce plan, Penba en est un archétype dans L’œuf du monde Banalanh’ng ; lui qui a imposé aux populations la culture de l’arbre-à-argent pour s’enrichir et enrichir « les conseillers techniques et assistants techniques étrangers [ainsi que] les pays où allaient ces feuilles diaboliques » (p.158). Cette attitude recèle un symbolisme : elle suggère le drame de l’Afrique nouvelle dite ‘‘ indépendante’’, tiraillée entre une tradition séculaire, source de son identité originelle, et un modernisme envahissant à caractère phagocytaire.

CONCLUSION

    

Amadou Koné présente un tableau sombre et décapant d’une Afrique en déchéance morale, peut-être, mais qui ne saurait justifier que ce continent continuât de faire l’économie de ses romanciers de renom. Eux seuls ont la capacité d’élever le niveau de conscience politique des populations et de constituer de véritables garde-fous aux pouvoirs africains guettés en permanence par la dérive totalitaire, même au-delà des intentions de démocratie proclamées à cor et à cri.

     Pour féconder son œuvre avec un style novateur, il tire profit de sa culture traditionnelle. Dans sa vision de la création romanesque, il sait qu’il doit se frayer son propre chemin pour donner un sens et une valeur à sa nouvelle technique d’écriture qui prend forme à partir de la subversion des canons occidentaux et de la transgression des codes qui gouvernent l’écriture depuis des lustres. Il ne peut le faire qu’en donnant au présent de l’écriture la possibilité de convoquer le passé à travers les souvenirs pour construire de nouvelles formes scripturales sur des fondations novatrices solides. De la sorte, il crée un lien entre les textes oraux traditionnels et le roman négro-africain moderne. Ces textes constituant pour lui un creuset d’où il tire les matériaux essentiels à la création de nouvelles formes littéraires qui ont fini par l’inscrire sur l’échiquier des rénovateurs du genre romanesque.

     Acteur et créateur du roman négro-africain de ‘‘ la nouvelle vague’’, Amadou Koné fait de ses techniques d’écriture un cadre où se forgent finalement l’autonomie et l’autorité de son œuvre. Liberté d’écrire, dérision et irrévérence sur fond de rénovation scripturale,sont certainement les caractéristiques majeures de ses romans. Mais le véritable pouvoir littéraire de son œuvre romanesque réside surtout dans la satire du pouvoir politique ainsi que dans la subversion et la transgression qu’elle opère en ce sens qu’elle procède de la recherche de formes et de langages. Ce qui lui permet de renverser les grilles de la poétique conventionnelle et de faire place aux concepts nouveaux : ceux que le bas-peuple profère au cours de son vécu quotidien à tour de métaphores pour traduire ses angoisses et ses inquiétudes face aux attitudes méprisantes des tenants du pouvoir à son égard. Ainsi se particularise et s’impose dans toute sa dimension et sa force de rénovation, l’œuvre romanesque d’Amadou Koné. Elle rappelle une conviction profonde : la dérision, l’irrévérence, la subversion et la transgression des codes anciens, en un mot, la liberté d’écrire, demeurent pour lui des outils précieux de renouvellement du genremais également des moyens pour exprimer sa rancœur contre l’arrogance et la condescendance de tous les pouvoirs, en particulier des pouvoirs politiques africains.

 

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[1]- Amadou Koné, - Les frasques d’Ebinto, Abidjan, CEDA-HATIER, 1980.

                             - Jusqu’au seuil de l’irréel, Abidjan, NEI, 1997.

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                           - Les coupeurs de têtes, Editions Sépia, 1997.

                         - L’œuf du monde Banalanh’ng, Abidjan,NEI­-CEDA, 2010.

[2]- Pierre N’DA, « La créeation romanesque chez Nokan ou la politique d’une écriture novatrice », En-Quête n°23-2010, Abidjan, EDUCI, p. 84.

[3]- Lucien Goldman, Le structuralisme génétique, Paris, Gonthier, 1977,p.63.

[4]- Daniel Bergez et al, Introduction aux méthodes critiques pour l’analyse littéraire, Paris, Bordas, 1990,p.23.

[5]- Bertrand Arthur William Russell, 1938, Power: a New Social Analysis, Londres, Unwin Paper-backs, 1985, p.25.

[6]- Coovi Houedako « rationalité universelle et rationalité africaine », Paulin J. Hountondji ( dir.), La rationalité, une ou plurielle, Dakar, Codesria-Unesco, 2007, p. 206-247.

[7] - Ramsès Boa Thiémélé, La sorcellerie n’existe pas, Abidjan, les éditions du CERAP, 2010, p.16.

[8] - Concession familiale

[9] Jean Baechler,Le pouvoir pur, Paris, Calmann-Lévy, 1978, p. 83.

[10] Jean-Lapierre William, « Le pouvoir politique », Encyclopedia Universalis, p. 563. www. Universalis.fr. Consulté le 22/01/2015.

[11] Le même personnage est connu sous les noms de : Penba ; Pinba ; Fin-ba ; La-Grade-Chose ; Penba-La –Grande-Chose.

[12]Charles de Montesquieu, L’Esprit des Lois (1748). http://salon-litteraire.com/fr/montesquieu/content/1835187-l-esprit-des-lois-de-montesquieu-resume. Consulté le 12/01/2015.

 

[13] Jean Paul Sartre, L’idiot de la famille, Paris, Gallimard, t.2. , 1971, p. 665.

[14]- Dieu nous aide.

[15]- Dieu est grand.

[16]- Pardon.

[17]- Ce n’est rien de grave.

[18]- Incirconcis.

[19]- L’argent.

[20]- Buvette villageoise.

[21]- Calebasse pour servir à boire le vin de palmier.

[22]- Lydie MoudiIeno, Littératures africaines francophones des années 1980 et 1990, Dakar, Codesria, 2003, p.45.

[23]- Buvettes villageoises.

[24]- Aux pages 14-15 de Les coupeurs de têtes par exemple, un dialogue s’instaure entre Kassi le personnage principal et le réceptionniste de l’hôtel de passe qui lui propose une chambre ‘‘garnie’’. Puis, l’histoire primaire reprend son cours normal.

[25]- Dans Jusqu’au Seuil de l’irréel, la Voix du Souvenir déroule sur plus de quatre pages le film de la vie antérieure de Karfa depuis son enfance jusqu’au jour de son exil (p.13-16).

[26]- Dans Les frasques d’Ebinto, lorsque le véhicule qui transporte Ebinto depuis Adiaké s’immobilise à la gare routière de Grand-Bassam, le narrateur choisit de présenter avec minutie ce qui se passe dans cette gare (p.3) avant de reprendre l’histoire de base du roman.

[27]- Dans Courses, les villageois boivent du bangui (vin de palme) dans les cango (calebasses). Chaque séance se termine par Allah yi en dè mbè (Dieu nous aide) (p.46).

[28]- Dans Traites, les commerçants véreux ont fait échoué le projet de Lassinan qui voulait organiser les villageois en coopérative : ils ont « étouffé le poussin dans l’œuf » (p.47). Mais ils oublient que « Quand un prophète prédit la fin du monde, il prédit sa propre fin » (p.26).

[29]- Les interjections du genre « Patissangana ! », « Ah ! Allah », « Lahi là ha ! », etc. reviennent de façon récurrente dans l’ensemble des romans de l’auteur.

[30]- Cf. la scène présentée ci-dessus entre la prostituée et son client dans Les coupeurs de têtes.

[31]- Même si l’atonie de l’activité mondiale a touché le continent, les économies africaines ont fait preuve d’une « remarquable résilience » pendant et depuis la crise de 2009 jusqu’à une date récente. L’Afrique a ainsi connu en 2013 une croissance de 4 % en moyenne, supérieure de 1 point à celle du monde. Son produit intérieur brut (PIB) devrait accélérer à 4,8 % en 2014 et à 5,7 % en 2015 (5,2 % hors Libye) et retrouver alors ses niveaux d’avant 2008-2009, indique le rapport du Fonds monétaire international (FMI) sur les Perspectives économiques en Afrique 2014 rendu public lundi 19 mai 2014. Ce document traite des Perspectives économiques régionales en Afrique subsaharienne. Dans la présentation du document intitulé « Résilience et Risque édition 2010 » publié par le département Afrique du FMI, Joseph Namatoudiro, économiste, représentant du FMI en Centrafrique, a fait le tour des crises de 2008-2009 qui ont secoué le monde en général et l’Afrique en particulier. Selon lui, l’Afrique a mieux supporté le choc que les autres continents. http : // www.opinion-internationale.com/2014/06/27. Consulté le 08/01/2015.

[32]- Tierno Monénembo, Les crapauds-brousse, Paris, Ed. Seuil, 1979, p.56.

[33] - Sony Labou Tansi, Les yeux du volcan, Paris, éd. Du Seuil, 1988, p.143.

[34] - L’actuel Président du Tchad, Idriss Déby, est au pouvoir depuis plus de 35 ans.

Le président Blaise compaoré du Burkina Faso est resté au pouvoir pendant 27 ans également avant d’être chassé par un soulèvement populaire le 31 octobre 2014.

Le Président Félix H. Boigny a dirigé la Côte d’Ivoire depuis son accession à l’indépendance jusqu’à sa mort le 06 décembre 1993. Etc.

[35]- Slogan de campagne du 2ème Président de la Côte d’Ivoire, Henri Konan Bédié renversé par un coup d’État le 24 décembre 1999.